C’est comment expat développeur à Montréal ?

Salut! Ça va ? 🙂
Oui c’est comme ça que les québécois parlent pour la première fois à un parfait inconnu. Pour nous autres Français c’est étrange, pour eux autres c’est normal. Pour ceux qui me suivent sur ce blog depuis bientôt 1 an et demi, vous avez sûrement pensé que j’étais décédé. Je comprends, je ne t’en veux pas, mais non, je suis parti m’installer à Montréal il y a 5 mois de ça. Je vis et bosse (bien sûr en tant que Développeur Web) depuis là- bas.
Mais je m’y suis pris comment ? What’s up après 5 mois ? Et c’est comment développeur à Montréal ?

 

Pourquoi ?

Pour beaucoup de gens le but ultime est de se calfeutrer dans leur zone de confort. En faire le moins possible et toujours de la même façon. Ça leur permet de vivre paisiblement au prix d’un ennui total. J’étais à mon boulot depuis deux ans déjà et ça me semblait une éternité. J’avais l’impression de mourir à petit feu. Tous les matins toujours le même trajet pour le même boulot… je subissais clairement l’enfer du quotidien, je me sentais mal, une impression de stagner voir de régresser à chaque instant.  Ma vie ? On aurait dit un fan de métal dans un concert de Lorie. Dans mon article précédent il y a tout un paragraphe sur le fait de bouger/évoluer. C’est cette idée, qui a toujours été dans ma tête, qui m’a fait bouger. Vous allez me dire qu’en changeant simplement de boulot dans ma ville en France ça marche aussi. Et bien oui et non. En réfléchissant je me suis rendu compte que c’était pas tant le boulot mais aussi et surtout l’environnement autour. J’en avais assez, je voulais voir autre chose, radicalement. Ce que je voulais par-dessus tout c’était évoluer et pas forcément que professionnellement mais plus globalement.

Et un jour ça m’est apparu comme une évidence : j’allais démissionner, vendre tout ce que j’avais dans mon appartement, vendre tout ce qui m’appartenais, dire au revoir à ma famille, mes amis et prendre un avion aller simple direction Montréal avec ma copine. Je ne connaissais personne à Montréal. Ni professionnellement, ni personnellement. Je crois que j’avais envie de cette mise en danger, je crois que j’avais envie d’un défi, je crois que javais envie d’aventure. 

 

Comment ?

J’aurais aimé que ça soit aussi rapide que la prise de décision mais ça n’a pas été le cas. En effet tu rentres pas sur le territoire canadien pour bosser en mode détente bonnet à pompon et grand sourire. Non mais essayez pas en plus, aux frontières ils sont plutôt tendus. Non, il vous faut un visa. Il y a différents visas mais le plus « simple » (haha) à avoir est le Permis Vacances-Travail (PVT). En gros c’est un permis fête du slip, pendant deux ans vous pouvez à-peu-près tout faire sauf ce qui concerne les droits de citoyens (voter aux élections par exemple). J’aurais aimé vous dire que c’était simple et rapide d’obtenir ce visa mais ça serait un gros mensonge! En trois mots : long, bordel, incertain. Si ça vous intéresse voilà un lien avec toutes les informations en détails.

Mais ce qu’il faut savoir c’est qu’il y a un quota de Français autorisés à obtenir ce permis par année. Une demande gigantesque, très peu de place. C’est simple à la première ronde j’ai cliqué calmement sur le lien et le serveur gouvernemental canadien de l’immigration est tombé à cause du nombre de personnes qui faisaient la même chose. Heureusement à la seconde ronde j’ai obtenu le sésame! Après ça, j’ai fait chauffer le Bon Coin en mettant tout ce qui m’appartenais dessus, j’ai fait une semaine en étant saoul non-stop pour dire au revoir aux amis et on a pris notre avion.

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L’arrivé

Jour 1 : TABARNAK IL FAIT -18 !!! Et en faite ça va. Non sérieux ça va vraiment. On m’explique qu’ici c’est un froid sec.

Jour 3 : On a trouvé un appart de dingue trop pas cher en plus. C’est fou comme ça va vite ici. Pas besoin de CDI, pas de caution, pas de dossier, pas de frais d’agence, rien… Y’a des apparts libres partout, t’en prends un, tu payes le premier mois et basta.

Jour 5 : j’ai mis mon LinkedIn à jour après deux ans d’inaction et en changeant ma ville de Lyon à Montréal.

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Plus jamais je fais ça. Je me suis fait agressé au téléphone et par mail par des recruteurs et des boîtes. C’était l’orgie les mecs ont réussi à remplir ma messagerie et j’ai finit par plus répondre au téléphone ayant programmé déjà 8 entretiens dans la semaine qui vient la.

Jour 8 : Au milieu des entretiens il y en a un auquel j’apporte une attention et une application particulière aujourd’hui.

Jour 10 :  Ubisoft m’annonce que je suis embauché chez eux! \o/

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J’ai écrit ce paragraphe en mode bullet points en temps réel les jours même où ça s’est passé. Aujourd’hui je reviens dessus et je vais laisser tel quel. Je me rends compte à quel point c’est aller vite ! Mais pourquoi c’est aller aussi vite et aussi bien ? Je pense qu’il y a deux raisons principales : déjà y’a beaucoup de job. Oui non vraiment de ce côté là c’est l’orgie. En tous cas je parle au niveau développeur. Pour les autres secteurs ça dépend, ça peut être plus nuancé mais ça reste fort comme marché de l’emploi. La seconde raison à mon sens c’est qu’ici la sécurité du job n’existe pas vraiment. Vous pouvez vous faire virer très facilement et très vite. C’est pour ça que vous êtes embauché aussi vite. Le défi n’est pas de se faire embaucher mais de rester là où vous êtes. Et oui c’est la vision américaine.

 

Après

Et bien après ces 10 premier jours je n’ai plus du tout touché le blog(l’article précédent était pré-écrit depuis un bail), d’ailleurs je n’ai plus touché le sol. Honte à moi mais il se passait trop de chose. Le boulot chez Ubisoft est très intense mais j’ai jamais autant été intéressé par mon travail. Ça me passionne encore plus qu’avant. Mon travail est sur un sujet qui m’intéresse et qui impacte tellement plus de monde que mon ancien triste et inutile travail. Je n’ai plus ce sentiment de régression comme à mon ancien job, chaque jour est une découverte et un défi. J’ai clairement fait un virage Javascript. Je ne dis pas que PHP c’est fini mais je suis monté en compétences côté JavaScript de façon violente. Mais tout ça est aussi dû au fait de l’effervescence de l’écosystème tech ici à Montréal. Je reviendrai là-dessus plus tard dans l’article.

Sinon j’ai aussi passé mon temps à simplement découvrir la superbe ville de Montréal, apprendre à connaitre les québécois et leur culture. Si vous êtes fêtard comme moi cette ville va vous donner beaucoup de plaisir et de maux de tête. Je fais des rencontres incroyables et il y a tellement de choses à faire ici que j’ai à peine le temps de faire de la veille. Encore une fois cette fabuleuse ville de Montréal a fait toute la différence et je pense que la magie n’a pas fini d’opérer. On y reviendra aussi.

 

Tech & Événements & meet-ups

L’écosystème québécois est en plein essor, des start-ups poussent de partout et avec elles les investisseurs et leurs incubateurs. Qui dit start-up dit innovation. Et du coup, inévitablement, innovation technique. J’étais impressionné par la façon agile et ambitieuse avec laquelle travaillent les équipes ici. En France j’avais une impression de rigidité quasi-constante. Montréal en particulier a récemment rejoint le club fermé de la French Tech, lui donnant une visibilité internationale sur la scène tech. Ça a l’air de pas avoir tellement d’importance, mais ça en a.

Quant aux meet-ups ici j’ai envie de vous dire : jugez par vous-même. Je suis moi-même allé au Meet-up Symfony Montreal et j’ai été impressionné par l’accueil offert par leur communauté, leur niveau général très élevé et tout ça dans une ambiance sympathique (BIÈRE!) et un humour (de développeur :D) qui fait plaisir à voir. Côté conférences il y en a un paquet un peu partout et un peu tout le temps. Mais si je devais en retenir une je dirais Confoo. Confoo c’est des centaines de confs dans un seul événement avec des développeurs à la reconnaissance internationale et sur tous les langages web que vous pouvez imaginer. J’ai pas pu y assister cette année car arrivé un peu tard mais je compte bien y aller l’année prochaine  (peut- être l’occasion d’un article).

 

OMG LOL NOOB GO PEX FFS

J’aimerais aussi vous dire que tout s’est bien passé, que tout a fonctionné comme je le voulais depuis mon arrivée. Mais on est pas dans une sitcom américaine et ça se passe jamais comme ça dans la vraie vie. Ma première erreur a été de penser qu’au Québec, même si ils sont très attachés à la langue Française, on ne parlait pas beaucoup anglais. Ça c’était avant de savoir que mon responsable direct était un américain qui se trouvait à San Francisco et c’était avant d’avoir de longue discussion avec des Québécois de manière générale. Très clairement je fais des conférences téléphoniques avec des équipes à San Francisco et mon manager plusieurs fois par semaine, du coup l’Anglais si tu maîtrises pas, tu dis au revoir à ton job. Concernant les québécois beaucoup d’entre eux sont gentiment schizophrènes. Ils hésiterons pas à commencer une phrase en français, en faire une partie en anglais et la finir avec des expressions québécoises, alors accroche toi bien quand il te faut une info importante. J’ai même assisté à une discussion entre deux québécois où l’un parlait Français et l’autre Anglais. Et ils avaient une discussion normale pas de problème. Bref, j’ai pris une grande claque dans la gueule et mon anglais est vite passé de moyen à quasiment bilingue aujourd’hui. Mais j’ai appris à la dure. Vous savez avec ces moments nuls où tu trouves pas un mot dans une phrase. Ces moments où toutes la terre t’écoute et que toi t’as envie de te tuer. En plus il faut savoir que la plupart des québécois sont 100% bilingue et du coup au milieu t’as juste l’air d’un débile!

Ma première journée par -40°C aussi m’a fait mal là où je pense. Alors je vous le dis, un -10/-20 ça va, tu t’habitues. C’est pas une légende cette histoire de froid sec. Un -10 ici est plus supportable qu’un 0 en France. L’humidité beaucoup plus haute en France change tout. Une image pour vous faire comprendre c’est comparer avoir froid dans un lac glacé (France) et avoir un froid dans un congélateur (Québec). Ceci dit, quand ça tombe à -40 et que ton nez commence à geler quand tu respires, que ta face devient rouge et que le vent vient fouetter les flocons dessus, y’a plus d’histoire de congélateur qui tienne. Alors je suis pas complètement con : je savais qu’il allait faire froid hein. Mais le -40 ça fait quand même mal même si t’es au courant. Bref, là aussi j’ai pris une belle claque. Mais depuis je m’habille Canadien, je connais tous les (GIGANTESQUES) souterrains de Montréal reliés au Metro et à tous les buildings et j’attends avec impatience l’été comme tout le monde. D’ailleurs quand j’écris ces lignes le soleil brille de mille feux il fait 28°C et j’ai rarement eu aussi chaud.

 

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Y’a plein de choses qui ont changé de façon choquante par rapport à mon ancienne vie. Commençons par le boulot : il y a évidemment des relations hiérarchiques bien définies comme en France mais il n’y a pas de vraie barrière entre les gens. Si je veux tutoyer (tout le monde tutoie tout le monde ici) mon n+2 en lui posant une question sans passer par la chaîne des responsabilités y’a pas de problème. Tout est fluidifié, il y a moins de problème d’ego et aucun règne de petit chef incompétent. Les québécois sont connus pour éviter les conflits et pour trouver des façons polies de vous dire si quelque chose n’est pas comme ils le souhaitent. C’est surprenant de les voir argumenter longuement là où un simple non aurait suffi. Enfin je commence le boulot entre 9h et 9h30 et je le finis entre 17h et 17h30… J’ai jamais été aussi productif. Les journées sont courtes mais intenses et efficaces. Ici c’est mal vu de finir tard. Ici ça veut dire que vous êtes mauvais et/ou que vous savez pas gérer votre temps. On est loin de la culture du présentéisme.

Côté vie de tous les jours ce qui m’a d’abord choqué c’est mon pouvoir d’achat qui explose. Je gagne 2 fois plus qu’en France (votre premier job au Québec sera forcément un peu moins payé que si vous êtes Québécois au passage) mais c’est surtout tout le reste qui coûte moins cher à commencer par le loyer. La qualité de vie en prend un bon coup et ça fait plaisir. Autre chose je ne sens pas cette tension dans l’air. Les gens, en général, sont apaisés et apaisants. Cette histoire de tutoiement et de « Salut ça va » c’est pas des conneries. Je ne sens pas cette agressivité chez les gens à laquelle on s’est habitué en France. Egalement il y a de l’espace ici, on est pas les uns sur les autres et ça se sent vraiment quand on a habité longtemps dans une grande ville en France.

 

Quelle ville !

Alors pour tous ceux qui connaissent un petit peu : oui, je suis allé m’installer sur le plateau comme la plupart des esties de Français qui arrivent à Montréal :D. Pour ceux qui connaissent pas : le plateau est un quartier très connu de Montréal qui ressemble à un joli petit village et où ça grouille de Français. Quelques stations de métro plus loin vous vous retrouvez au milieu des énormes buildings du centre-ville, continuez à marcher vous passerez par Chinatown pour finir sur une des rue pavée du Vieux-Montréal. Je pourrais parler de Montréal pendant longtemps et très franchement je ne pense pas en avoir vu la moitié encore. Je crois que je suis tombé amoureux de cette ville quand j’ai participé à mon premier IglooFest. Festival électro en janvier par -20 avec de la bière partout…

Ce qui frappe avec Montréal c’est ce fameux mélange entre Europe et Amérique. Les américains viennent à Montréal car ça ressemble à l’Europe mais pour moins cher. En tant que Français on est impressionné par ces énormes rues, ces énormes buildings et ces pâtés de maison parfaitement rectangulaires traversés par une rue qui s’étend sur 11km. Ajoutez à ça l’excellente bouffe qu’on mange ici, les bars et boîtes un peu partout et finissez par des tonnes de festoch…

 

Épilogue

Si c’était à refaire je referais tout pareil. Et si vous, vous pensez tenter l’aventure, vous devriez le faire. Que ça soit au Canada ou à un autre endroit, vous devriez arrêter de penser et agir. « C’est votre vie et elle s’achève minute après minute. » Je ne saurais vous conseiller d’en faire quelque chose. Vous ne voulez pas vous retourner plus tard en regrettant vos années au même endroit à faire la même chose. On a un métier qui permet très simplement de trouver du boulot n’importe où, alors pourquoi pas ?  Et si vous avez peur de tomber, sachez que tomber est la meilleure chose qui puisse vous arriver.